J’avais un budget à boucler et je le terminais au bureau, après le dîner. J’allais éteindre mon ordinateur, lorsque j’entendis le volet roulant métallique. C’était  la directrice de l'agence.

 

- Ah, Didier, je sors du théâtre, je suis venue chercher le dossier « Lozère », pour éviter de passer au bureau avant d’aller voir le client demain.
Pâle, les traits tirés, elle avait troqué son tailleur habituel pour un jean et un t-shirt noirs. 
- Et vous ? Pas encore dans vos foyers ?
- Non, j’avais besoin de m’isoler pour travailler.
- Hm… vous m’offrez un café ?
La machine était dans le couloir, en face de mon bureau.
Assise sur mon fauteuil, elle regardait dans le vide.
- Oh, excusez-moi dit-elle en riant, j’ai pris votre place.
- Mais non, je vous en prie, vous avez l'air épuisée

Elle ne répondit pas, des larmes coulaient, douces, sur ses joues.
Nous sirotâmes notre ristretto en silence. Je suis toujours gêné de voir une femme pleurer.
Elle remarqua un fossile sur ma table. Je l’avais trouvé en Namibie. En parlant, je relevai, comme je l’aurais fait pour une enfant, une mèche de cheveux qui avait glissé sur son visage.
Elle se leva, posa comme des pétales ses lèvres sur les miennes. Nous demeurames ainsi longtemps, puis nos mains  firent connaissance. 

Le lendemain je remarquai de légers arrondis imprimés sur la laque noire du bureau, et les traces de ses mains. Je glissai dessus quelques dossiers, délicatement.