Le kinésithérapeute que je consulte pour un redoutable lumbago, m'examine sous toutes les coutures, et me déclare :

-Vous êtes sportive !

Pas l'once d'une interrogation dans sa voix, une affirmation. Pourtant mon capital adipeux surpasse de beaucoup mon capital musculaire.

 

-Non !

- Alors vous l'avez été !

Etre ou avoir été...Il insiste.

-Non ! Enfin, à peine, comme tout le monde, si peu.

- Pourtant vous êtes taillée comme une sportive.

Je vais finir par le croire, malgré ma petite taille , ma jambe plus courte que l'autre et mes rondeurs.

-Ah bon ? Vraiment ?

-Oui, vous auriez pu être championne du cent mètres.

-En course à pied ???

-Oui !

Alors là, je frise le scepticisme : j'ai toujours été très mauvaise en gymnastique au lycée, les seules disciplines dans les quelles j'excellais étant le grimper à la corde et la danse moderne.

-Mais je n'ai pas de souffle !

-Pour le 100m vous n'en avez pas besoin, vous n'avez pas le temps de respirer.

-Ah..oui...Quoique il y a deux ans j'ai fait une course de dix kilomètres...Je suis arrivée avant-dernière.

-Normal, l'endurance c'est pas votre truc.

 

Je le savais : les efforts intenses et courts plutôt que longs et intenses. Mais tout de même, il m'ouvre des horizons cet homme. J'imagine déjà l'entrainement régulier, le bandeau sur le front, et les mollets d'acier.

 

-Eh, si je m'y mettais maintenant ?

-Là il est vraiment trop tard maintenant.

 

Oui, trop vieille...

Et voilà comment on tue une vocation dans l'oeuf.

C'est une gazelle qu'on assassine.