J’étais allée voir "les cercueils de zinc", pièce bouleversante qui résonnait cruellement avec mon passé récent. En sortant, j’avais décidé de passer à l’agence chercher un dossier oublié pour mon rendez-vous du lendemain.

 
Il y avait de la lumière à une fenêtre. Lorsque j’ai ouvert le volet roulant, Didier est venu à ma rencontre. Cet ingénieur discret laisse peu paraitre de sa vie derrière ses  lunettes ovales. Nos relations de travail sont fructueuses; quand je partirai, sans doute me remplacera-t-il à la tête de l’agence, ou bien a-t-il d’autres ambitions. J’ai été étonnée de le voir travailler si tard. Sérieux, mu par quelque solitude intérieure. Solitude nécessaire. J’aime aussi la profondeur de la nuit, sans parasite à la pensée.

 Pendant qu’il faisait couler un ristretto au distributeur dans le couloir, je me suis assise à son bureau. Une photo de ses enfants, quelques notes éparses, un grand cahier à spirales quadrillé, ouvert sur des écrits et dessins en tous sens, rappels techniques, et un minuscule poème, un haïku. Je me suis mise à pleurer les yeux dans le vide. Gênée par mes larmes et mon indiscrétion, je me suis extasiée sur une belle ammonite près de l’ordinateur. Il a  aussitôt évoqué ses voyages, les fossiles et les pierres qu’il aime.

En parlant, il a écarté quelques  cheveux de mes yeux, les a glissés derrière mon oreille. Sans y penser, j’ai posé mes lèvres sur les siennes. Savourer la douceur de l’instant, à peine respirer. Sa main s’appuyait légère sur mon épaule. J’ai senti mon corps éclore comme un lotus.

Une heure plus tard, un fou rire nous a saisis à la vue de nos vêtements épars dans le bureau.