Issues dérobées

histoires courtes

03 mai 2009

Force de persuasion


 

 

Il y a des gestes que nous ne ferons jamais. Peut-être.

 

Chaque soir j’arrive à l’école un peu avant l’heure. Je bavarde avec d’autres mères. J’aime détailler les bâtisses bourgeoises de ce quartier cossu. Au troisième, en face, un bel appartement a été vendu en janvier.

 

  Une ombre légère derrière les rideaux, une présence. Je crois apercevoir une silhouette assise, je ne peux m’empêcher de lever les yeux vers cet étage, chaque soir.

 

Dans trois jours la sortie des classes. J’ai fait une course avant de venir, je me suis dépêchée, je suis très en avance, en sueur. Des gouttelettes roulent au creux du décolleté. Léger pincement à la base du cou, je lève les yeux.  L'éclat d'une paire de jumelles ; le tissu frémit,  rien.

La porte de l’immeuble est ouverte, je fonce à l'intérieur,  m'attarde dans la cage d'escalier, inondée par un puits de lumière, des coups de marteau dans la poitrine. Sur le palier, je repère une entrée, pas de nom. Je sonne. J’appuie de nouveau sur le bouton, longtemps ; j'écoute. Un frottement. L'œil noir de la porte, à hauteur de mon ventre, s’ouvre et se referme. Un bruit de chaînette. J’hésite à fuir. Trop tard.

 

Il a ouvert. « Entrez ». Sans savoir comment ni pourquoi, je le suis  jusqu’à la baie vitrée vers laquelle il s'avance très vite dans son fauteuil roulant.

 

Posté par Ennairam à 08:44 - Eros et Thanatos - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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