J’ai rempli le seau d’eau chaude. Deux poignées de lessive saint Marc à la résine de pin. Si je ferme les yeux, ce mélange boisé savonneux rappelle un peu la térébenthine et me replonge dans l’atelier de peinture de mon grand-père.

 

D’abord, j’ai passé la serpillière à l’eau claire, pour enlever le plus gros. Je l’ai tordue essorée plusieurs fois, en contemplant l’eau légèrement colorée que je vidais au fur et à mesure. Maintenant je vais passer le balai espagnol pour finir. Je voudrais que tout soit net quand ils arriveront.

J’ai rencontré Gisèle au salon de thé « les délices de Sapho ». J’ai demandé à m’asseoir à sa table, étonnée de mon audace. J’étais sure de moi. Tout naturellement nous sommes ensuite sorties déambuler en ville, puis je l’ai invitée à dîner chez moi. En marchant, elle passait parfois son bras sur mon épaule.

Pendant que je préparais le repas, elle est allée prendre une douche pour se rafraîchir. Elle est revenue, derrière moi, j’étais devant l’évier, elle a posé ses mains autour de mon cou. Je me suis retournée. Elle était nue et magnifique et son corps dégageait un parfum d’algue et de miel et de félin, une évocation de l’enclos des tigres au zoo. Son visage m’appelait si fort, quelque chose d’irrépressible m’attirait vers elle. Si belle. C'était plus fort que moi, comme une vague qui m'a submergée.

Elle est encore si belle.

Le couteau, un couteau de cuisine de vingt centimètres, en acier de Solingen, inoxydable, offert par ma grand-mère lorsque j’ai emménagé, je l’ai lavé et reposé sur la paillasse.

Ca sent la rouille et l’urine. J’ai un peu envie de vomir.

La police ne tardera plus maintenant.